Article de Forbes France : https://www.forbes.fr/entrepreneurs/un-centre-medical-est-il-une-start-up-comme-les-autres/

Cela pourrait être une start-up comme les autres… Mais non. Lancer un centre médical esthétique relève du parcours du combattant. Armand Chavoshi en a fait l’expérience à Toulouse et nous raconte les étapes qu’il a vécues –de la première étude de marché à l’ouverture des portes, en décembre dernier.

Nous sommes au 6 Allées Forain François Verdier, à Toulouse. Devant une élégante bâtisse haussmannienne de cinq étages, une jeune femme sonne à Amaderma-Crineo et s’engouffre dans une cour où elle empruntera, à droite, des escaliers ornés de fresques somptueuses. Au premier étage, elle annoncera sa venue. « J’ai rendez-vous à 10h pour une épilation s’il-vous-plait ». Le lieu est classieux –parquet au sol, portes gris-taupe, bureaux en bois et chaises Kartell. Les vues sur des jardins de la ville ou sur la cour intérieure aèrent l’atmosphère. L’ambiance est incroyablement sereine. Tout semble couler de source. Il n’en est rien. Pour arriver à une telle finition, Armand Chavoshi, le directeur du centre Amaderma-Crineo Toulouse a dû endurer plus d’un méchef. Associé à un chirurgien esthétique, qui en est à son deuxième établissement, ils ont décidé de proposer leurs soins en plein cœur de la ville rose.

Ces soins, ce sont essentiellement des épilations laser, des séances de cryolipolyse, des injections de toxine botulique et d’acide hyaluronique. Des actes ne nécessitant aucune hospitalisation ni intervention chirurgicale, ce qui en ferait une « clinique » – soit un tout autre type d’établissement. On parlerait d’ailleurs « d’établissement de santé ». Là-dessus, l’ARS est formelle : sont soumis à l’autorisation de l’agence régionale de santé les projets relatifs aux opérations suivantes (article L.6122-1du Code de la santé publique) :

• la création de tout établissement de santé, • la création, la conversion et le regroupement des activités de soins, y compris sous forme d’alternative à l’hospitalisation ou d’hospitalisation à domicile,, • l’installation des équipements matériels lourds, • les changements d’implantation d’un établissement existant, • le renouvellement des autorisations (suite à l’omission du dépôt du dossier d’évaluation ou à l’injonction du Directeur général de l’Agence régionale de santé).

Revenons à notre « centre médical de beauté », donc.

« Monter ce projet a été une aventure aux allures de montagnes russes » poursuit Armand Chavoshi. « Il a fallu étudier la demande, vérifier si elle justifiait de se lancer ici. Puis, pour pouvoir créer la société, il nous fallait trouver des locaux à notre goût, un bail signé, un apport en provisions. S’en est suivi le tourment des abysses administratives bancaires qui, pour débloquer le prêt, ont mis trois mois. En parallèle de tout cela, il fallait dialoguer en permanence avec l’architecte qui était en charge des travaux de l’immeuble, vérifier les avancées du chantier, s’assurer par exemple que les prises correspondaient bien au lieu où le matériel médical allait être positionné, commander ledit matériel, avoir un œil sur la décoration, qui, dans notre cas, ne doit pas être trop clinquante, connaître les normes d’hygiène spécifiques à chaque soin ou encore vérifier que le centre ne sentent ni le brûlé, ni l’agent désinfectant… ».

Des coûts, nous retiendrons principalement ceux liés aux machines qui juxtaposent les fauteuils blancs : le laser qui détruit vos poils coûte 85 000 euros. La machine à cryolipolyse (comprenez celle s’attaque à vos légers surplus de graisse) revient à 66 000 euros. La lampe LED, qui chouchoute vos cheveux ainsi que votre peau, est estimée à 26 000 euros.

Les patients affluent

À chaque étape, les fondements et l’organisation d’une société commerciale ont été chamboulés par le côté médical du projet. Même si tout cela relève de l’esthétique, domaine pour lequel la Sécu n’intervient pas. « Nous sommes l’un des derniers pays à ne pas libéraliser franchement cette activité esthétique » confie le chirurgien aux commandes de cette structure. « Il faut savoir que l’on ne peut pas salarier un médecin, ni même une infirmière, qui prendra à la place le titre d’assistante de soin » renchérit Armand Chavoshi. Les honoraires doivent par ailleurs être encaissés par un médecin.

Malgré ces péripéties, la qualité et la rigueur scientifique sont au rendez-vous et les patients affluent. L’inauguration officielle aura lieu en février, lorsque l’équipe recevra le robot Artas, le dernier cri qui s’occupe de faire repousser les cheveux sur le caillou d’hommes (ou de femmes) dégarnie(s).